Article publi-rédactionnel
Selon les dernières données publiées par la DARES sur la négociation collective, seulement 16,2 % des entreprises de 10 salariés ou plus ont engagé une négociation collective en 2023. Ce chiffre masque une réalité contrastée : dans les entreprises pourvues de délégués syndicaux, la propension à négocier atteint 81,8 %. La présence d’un interlocuteur syndical change donc radicalement la donne.
Ce guide décrypte les règles du jeu des NAO, identifie les acteurs légitimes autour de la table, et présente les recours disponibles face à un employeur qui traîne des pieds. L’objectif : permettre aux représentants du personnel d’arriver en négociation avec les bons arguments juridiques et un accompagnement adapté.
Vos 5 priorités pour aborder les NAO 2026 :
- Vérifier la présence d’un délégué syndical dans l’entreprise (condition sine qua non d’ouverture des NAO)
- Distinguer clairement le rôle du CSE (consultatif) et des délégués syndicaux (négociateurs et signataires)
- Exiger l’accès aux données BDESE au moins 15 jours avant la première réunion
- Connaître les 3 blocs thématiques obligatoires et les sanctions en cas de manquement employeur
- Envisager un accompagnement expert pour analyser les données et préparer les argumentaires
Ce que vous allez découvrir
- NAO : qui est concerné et quelles sont les conditions d’ouverture
- Les 3 thèmes obligatoires à négocier lors des NAO
- CE Expertises : un accompagnement expert pour préparer vos NAO
- Sanctions et recours si l’employeur ne respecte pas ses obligations NAO
- Vos questions sur les NAO et le rôle des représentants du personnel
NAO : qui est concerné et quelles sont les conditions d’ouverture
Le Code du travail pose une condition préalable non négociable : l’obligation d’engager des NAO ne concerne que les entreprises où sont constituées une ou plusieurs sections syndicales d’organisations représentatives, et où au moins un délégué syndical a été désigné. Concrètement, sans délégué syndical, pas de NAO. L’employeur reste libre de négocier avec le CSE sur d’autres bases, mais le dispositif légal des négociations annuelles obligatoires ne s’applique tout simplement pas.
Cette distinction génère une confusion fréquente chez les élus du personnel. Le CSE est consulté sur de nombreux sujets économiques et sociaux, mais il ne négocie pas les accords collectifs. C’est le délégué syndical qui porte le mandat de négociation et qui signe (ou refuse de signer) les accords. Les informations relatives à la vérification des catégories professionnelles NAO permettent d’affiner cette analyse selon les spécificités de chaque structure.

La périodicité des négociations suit un calendrier annuel par défaut. Toutefois, un accord d’adaptation peut modifier cette fréquence dans la limite de 4 ans pour certains thèmes. Cette souplesse, introduite par les ordonnances de 2017, permet aux partenaires sociaux d’organiser les négociations selon un rythme adapté à leur réalité. Attention cependant : l’absence totale de négociation sur une période prolongée reste sanctionnable.
| Prérogative | CSE | Délégué syndical |
|---|---|---|
| Négociation des accords NAO | Non | Oui (exclusif) |
| Signature des accords collectifs | Non | Oui |
| Consultation sur la politique sociale | Oui (obligatoire) | Non |
| Accès à la BDESE | Oui | Oui |
| Recours à un expert-comptable | Oui (financement légal) | Non (sauf accord) |
L’employeur doit engager les négociations dans un délai raisonnable. La pratique du marché montre que les délais observés s’étirent souvent au-delà de ce que prévoit le texte, avec des convocations tardives ou des réunions espacées de plusieurs semaines. Face à ces tactiques dilatoires, les élus disposent de leviers : mise en demeure écrite, saisine de l’inspection du travail, voire action en justice pour délit d’entrave.
Les 3 thèmes obligatoires à négocier lors des NAO
Le Code du travail organise les NAO autour de trois blocs thématiques distincts. Chacun répond à des enjeux spécifiques et impose des obligations de moyens (négocier loyalement) plus que de résultats (conclure un accord). Si les négociations n’aboutissent pas, un procès-verbal de désaccord doit être établi et déposé auprès de la DREETS.
Rémunération, temps de travail et partage de la valeur ajoutée
Premier bloc et souvent le plus attendu par les salariés : la négociation sur les salaires effectifs. L’employeur doit mettre sur la table les données relatives à la politique salariale, aux augmentations individuelles et collectives, ainsi qu’à l’organisation du temps de travail. Le Bilan 2024 de la négociation collective présenté par la DGT recense 18 630 accords portant sur les salaires et primes, en hausse de 4,3 % par rapport à l’année précédente.

Les négociations portent également sur l’intéressement, la participation et l’épargne salariale. Dans les entreprises où ces dispositifs existent déjà, l’enjeu consiste à les renégocier ou à en améliorer les paramètres. Dans les autres, c’est l’occasion d’ouvrir le sujet et de créer de nouveaux avantages pour les salariés.
Égalité professionnelle femmes-hommes et qualité de vie au travail
Ce deuxième bloc porte sur les mesures visant à supprimer les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes, ainsi que sur la qualité de vie et les conditions de travail (QVCT). L’employeur doit produire des indicateurs précis, notamment via l’index égalité professionnelle. L’absence d’accord ou de plan d’action sur ce thème expose l’entreprise à une pénalité financière.
Comme l’article L.2242-8 du Code du travail sanctionne cette carence, le montant de la pénalité peut atteindre 1 % des rémunérations et gains versés aux salariés sur les périodes concernées. L’autorité administrative module ce montant en fonction des efforts constatés et des motifs de défaillance avancés par l’employeur.
Le chiffre qui change la perspective : Selon la DARES, 86,9 % des négociations collectives aboutissent à un accord en 2023. Ce taux d’aboutissement élevé montre que la négociation fonctionne quand les deux parties jouent le jeu. Les blocages sont souvent le signe d’un manque de préparation ou d’une mauvaise foi patronale.
GPEC et parcours professionnels (entreprises 300+ salariés)
Le troisième bloc concerne uniquement les entreprises d’au moins 300 salariés. Il porte sur la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC), les orientations de la formation professionnelle et les dispositifs de mobilité interne. À partir du 1er janvier 2026, un nouveau thème s’ajoute : l’emploi des salariés expérimentés, conformément à la loi 2025-989.
Les négociations GPEC permettent d’anticiper les évolutions de l’entreprise (restructurations, mutations technologiques, fermetures de sites) et de sécuriser les parcours professionnels des salariés. C’est un terrain où l’expertise technique fait particulièrement la différence, car les projections économiques et les plans de formation nécessitent une analyse approfondie.
CE Expertises : un accompagnement expert pour préparer vos NAO
Face à la complexité du cadre légal et aux tactiques parfois dilatoires des employeurs, les élus du personnel ont besoin d’un appui technique solide. CE Expertises intervient exclusivement aux côtés des instances représentatives du personnel, avec une posture assumée : défendre les intérêts des salariés.
L’accompagnement proposé par CE Expertises couvre l’analyse approfondie de la BDESE et des données économiques de l’entreprise. Les experts identifient les marges de négociation sur les salaires et les conditions de travail, puis préparent des argumentaires juridiquement fondés pour les réunions. Cette préparation technique transforme le rapport de force : les élus arrivent à la table avec une connaissance précise des chiffres et des leviers juridiques disponibles.

Erreurs fréquentes qui affaiblissent la position des élus : Accepter une réunion sans avoir reçu les données BDESE au préalable. Négocier sans mandat clair des salariés. Signer un PV de désaccord sans avoir épuisé toutes les pistes. Se laisser imposer un calendrier de négociation trop serré. Autant de pièges que CE Expertises aide à éviter grâce à son expérience du terrain.
L’intervention d’un cabinet spécialisé comme CE Expertises présente un avantage décisif : la connaissance des pratiques patronales et des arguments qui font mouche. Les experts savent quelles données demander, quelles incohérences traquer dans les documents fournis, et quels arguments juridiques mobiliser face à une direction qui fait du blocage.
Documents à exiger de l’employeur avant la première réunion NAO
- BDESE à jour avec les données des 3 dernières années (effectifs, rémunérations, temps de travail)
- Index égalité professionnelle et détail des indicateurs par catégorie
- Bilan des mesures prises au titre des NAO précédentes
- Évolution des rémunérations par sexe, catégorie professionnelle et ancienneté
- Calendrier prévisionnel des réunions avec ordre du jour détaillé
Sanctions et recours si l’employeur ne respecte pas ses obligations NAO
L’employeur qui refuse d’engager les négociations ou qui les conduit de mauvaise foi s’expose à des sanctions graduées. Le délit d’entrave constitue la sanction pénale la plus lourde : 1 an d’emprisonnement et 3 750 € d’amende. Les tribunaux sanctionnent régulièrement les employeurs qui font obstruction aux négociations collectives, comme en témoigne la jurisprudence constante de la chambre sociale de la Cour de cassation.
1 %
Pénalité maximale sur la masse salariale en cas d’absence d’accord sur l’égalité professionnelle
Prenons une situation classique : un délégué syndical d’une entreprise de 350 salariés constate que l’employeur n’a pas engagé les NAO depuis 14 mois malgré plusieurs demandes écrites. La procédure recommandée consiste à envoyer une mise en demeure formelle citant l’article L.2242-1 du Code du travail, avec copie à l’inspection du travail. Ce type de démarche aboutit généralement à l’ouverture des négociations sous 30 jours, l’employeur préférant éviter une procédure pénale.
Que faire si l’employeur ne respecte pas ses obligations NAO ?
- Si l’employeur refuse d’ouvrir les négociations :
Envoyer une mise en demeure recommandée avec AR citant les articles L.2242-1 et suivants. En l’absence de réponse sous 15 jours, saisir l’inspection du travail.
- Si l’employeur ne transmet pas les informations BDESE :
Rappeler par écrit l’obligation de l’article L.2242-14. Documenter chaque refus ou retard. Ces éléments constitueront des preuves en cas de contentieux.
- Si les négociations s’éternisent sans avancée :
Établir un procès-verbal de désaccord détaillé listant les propositions de chaque partie. Ce document protège les élus et permet de reprendre les négociations l’année suivante sur des bases claires.
- Si la mauvaise foi patronale est caractérisée :
Constituer un dossier pour délit d’entrave avec l’ensemble des pièces (courriers, convocations tardives, données incomplètes). Consulter un avocat spécialisé ou solliciter CE Expertises pour évaluer les chances de succès d’une action judiciaire.
Le Bilan 2024 de la négociation collective recense 104 250 textes conventionnels signés et enregistrés, soit une baisse de 3,5 % par rapport à 2023. Cette diminution globale masque une hausse des accords salariaux, signe que les négociations sur la rémunération restent le cœur des préoccupations. Les entreprises qui jouent le jeu trouvent généralement un terrain d’entente ; celles qui font du blocage s’exposent aux sanctions.
Vos questions sur les NAO et le rôle des représentants du personnel
Questions fréquentes des élus CSE et délégués syndicaux
Une entreprise sans délégué syndical est-elle soumise aux NAO ?
Non. L’obligation d’engager des négociations annuelles obligatoires ne concerne que les entreprises où au moins un délégué syndical a été désigné par une organisation syndicale représentative. En l’absence de DS, l’employeur n’est pas tenu de négocier dans le cadre légal des NAO, même si le CSE peut être consulté sur d’autres bases.
Le CSE peut-il signer un accord NAO à la place du délégué syndical ?
Non. La négociation et la signature des accords NAO relèvent de la compétence exclusive des délégués syndicaux. Le CSE est consulté sur certains sujets connexes (politique sociale, égalité professionnelle), mais il n’est pas signataire des accords collectifs. Cette distinction est fondamentale et source de nombreuses confusions.
Quels délais l’employeur doit-il respecter pour transmettre les informations ?
Le Code du travail impose à l’employeur de remettre aux négociateurs les informations nécessaires via la BDESE. La pratique recommande un délai d’au moins 15 jours avant la première réunion pour permettre une analyse sérieuse. En cas de transmission tardive ou incomplète, les élus peuvent exiger un report de la réunion.
Le CSE peut-il mandater un expert-comptable pour préparer les NAO ?
Oui. Le CSE peut recourir à l’assistance d’un expert-comptable pour analyser les données économiques et sociales préparatoires aux NAO. Cette mission s’inscrit généralement dans le cadre de la consultation sur la politique sociale ou sur la situation économique de l’entreprise. Le financement est pris en charge selon les règles légales.
Que se passe-t-il si aucun accord n’est trouvé à l’issue des NAO ?
Si les négociations n’aboutissent pas, les parties établissent un procès-verbal de désaccord qui consigne les propositions respectives. Ce document doit être déposé auprès de la DREETS. L’employeur peut alors prendre des décisions unilatérales dans le respect du cadre légal, mais l’obligation de négocier est réputée remplie pour la période concernée.
Votre plan d’action pour les prochaines NAO
Actions prioritaires dans les 30 prochains jours
- Vérifier la date d’échéance des NAO précédentes et anticiper la relance de l’employeur si nécessaire
- Demander l’accès à la BDESE actualisée et lister les informations manquantes
- Identifier les sujets prioritaires pour les salariés (salaires, télétravail, égalité) et préparer des propositions chiffrées
- Contacter CE Expertises pour évaluer l’opportunité d’un accompagnement sur l’analyse des données et la préparation des argumentaires
Les NAO 2026 approchent. Les élus qui arrivent préparés, avec une connaissance précise des chiffres de l’entreprise et des arguments juridiques solides, transforment ces rendez-vous en véritables leviers de négociation. Plutôt que de subir le calendrier imposé par la direction, ils reprennent la main sur le dialogue social.
Précisions sur le cadre légal des NAO
Les règles présentées s’appliquent au cadre légal général et peuvent être adaptées par accord d’entreprise ou de branche. Les seuils et obligations sont susceptibles d’évoluer avec les réformes du Code du travail. Chaque situation d’entreprise nécessite une analyse spécifique du contexte syndical.
Risques à connaître : Risque de nullité des accords si les négociations ne respectent pas les formes légales. Risque de pénalité financière (1 % de la masse salariale) en cas d’absence d’accord sur l’égalité professionnelle. Risque pénal de délit d’entrave (1 an d’emprisonnement, 3 750 € d’amende) si obstruction patronale caractérisée.
Pour toute situation complexe, consulter un expert-comptable du CSE ou un avocat spécialisé en droit social.
